Arrête, Arrête de Serge Bramly : Un Goût D’Inachevé .. #MRL2013

 

Comme l’an dernier, je me suis inscrite aux « Matchs de la Rentrée Littéraire 2013 » organisé par le site Priceminister, pour recevoir un livre et en rédiger une « critique ».

Je n’ai lu aucune critique préalablement à la rédaction de mon article et je suis CONTRE la féminisation des mots donc, je ne travestirai pas mes mots.

Comme à mon habitude, je ne vous dévoile pas les clefs de l’intrigue afin de respecter votre éventuelle lecture de ce livre.

*****

L’Histoire : 

Vincent, la soixantaine, fiché au Grand Banditisme et noté DPS « Détenu Particulièrement Surveillé » en prison est remis en liberté conditionnelle, sous la surveillance d’un bracelet électronique.

Une semaine après sa sortie de prison, il coupe la courroie de son bracelet électronique. Aux yeux de la Loi, c’est une évasion.

Les limiers du 36 Quai des Orfèvres, le siège de la BRI [Brigade de Recherche et d’Intervention] sont à sa recherche.

Son frère, sa fille, les inspecteurs : personne ne comprend ce geste stupide à onze mois de sa Liberté définitive.

Un vieux de la vieil comme Vincent, au casier judiciaire long comme le bras, ne peut commettre une telle erreur. Il y a forcément une raison.

Chacun des personnages va chercher à comprendre, dressant chacun un portrait de Vincent, qui finalement reste inachevé. Le mystère reste entier.

Vincent se rend à Paris. Il a un plan.

Il a quelque chose à faire et surtout, des gens à voir .. Sa fille, d’abord. Puis .. le Milieu. 

Mais sur sa route, il croise l’imprévu. Une femme. Aussi cassée que lui. Aussi décalée que lui. La seule, qui le regarde tel qu’il se regarde : Un Prince de la Ville.  

Un café parisien. Une boite échangiste. Un hôtel désaffecté. 

Vincent va-t-il s’en tenir à son plan ? Comment va t-il faire face à ses anciens compagnons du Milieu ? Pourquoi s’est-il évadé ? Quel est son plan ?

L’intrigue tout entière réside dans ce face à face entre Vincent et sa Liberté arrachée.

Ce que je pense de l’histoire :

Pour vous permettre d’apprécier au mieux mon avis, je précise être une grande lectrice et apprécier la Littérature « soutenue ».

Je suis également fascinée par les affaires criminelles, qui, à mon sens, reflètent la meilleure psychologie humaine. L’une de mes bibliothèques est entièrement consacrée aux ouvrages sur les évasions, les enquêtes, les Mafias, les Grands Bandits.

C’est donc sans surprise que j’ai choisi ce livre lors de mon inscription aux Matchs Littéraires. J’en attendais évidemment beaucoup, tant sur l’histoire que sur le style d’écriture.

Pourtant, j’ai été extrêmement déçue.

L’histoire en elle même est classique : un détenu qui s’évade. Les raisons de cette évasion, par contre, sont infinies. Et le lecteur s’interroge légitimement sur deux points : pourquoi s’évade-t-il ? et que va-t-il faire de sa liberté retrouvée ?

Pourtant, l’auteur, qui pose les bases de cette intrigue passionnante, reste en surface sans réussir à lui donner vie.

Le personnage principal manque cruellement de profondeur. Il est décrit sans vernis, sans couleur. Son tempérament, ses sentiments, ses actions restent mornes, fades, sans intérêt. Je n’ai rien ressenti envers lui : ni sympathie, ni inimité, rien.

Même s’il est démissionnaire de la vie et qu’il suit un plan précis, je m’attendais à une description à la manière de Tonino Benacquista, avec une plongée dans l’âme de ces êtres qui abandonnent leur existence [dans son roman « Quelqu’un d’autre]. 

D’ailleurs, ce manque de profondeur se retrouve dans tous les personnages. Les inspecteurs de la BRI, qui certes sont réellement « blasés », sont présentés de façon caricaturale. Déjà vu.

Les face à face, qui auraient pu donner du souffle à l’histoire, tombent également dans une platitude ennuyeuse. J’ai été très déçue de celui avec le Milieu. On parle d’un homme fiché au Grand Banditisme, je m’attendais à plus de piment .. 

La boite échangiste, un choix plutôt original, ne réussit pas non plus à sortir le roman de sa banalité. On passe de descriptions érotico-nauséeuses à une soudaine scène de violence de trois secondes puis .. plus rien. Un peu comme si un électrocardiogramme avait montré UN pic puis retrouvé sa ligne droite.

Seule la brève histoire d’amour entre ce vieux renard et cette fille complètement barrée est teintée de réalisme.

Quant à la chute de l’histoire, je l’ai malheureusement vu venir dès l’épisode de la boite échangiste. Je n’ai pas été tenue en haleine tout au long de ma lecture. Il y a peu de suspens.

Par contre, cette fin arrive comme un cheveu sur la soupe, de façon trop brutale. Comme si l’auteur bâclait son travail.

Evidemment, ce manque de vie donne un rythme lent, morne, plat au roman. 

De manière générale, j’ai trouvé l’histoire peu réaliste et trop poétique. Qu’un vieux roublard, ex Prince de la Ville, s’évade pour être libre de sa vie et libre de sa mort : cela se conçoit parfaitement. Qu’il s’évade de la vie de cette manière, pas du tout. Le lieu et le phrasé final sonnent trop faux.

Ce que je pense de l’écriture et du style de l’ouvrage :

Je l’ai lu sans plaisir particulier, ayant été déçue dès les premières lignes. Je l’ai terminé en deux heures et j’étais très frustrée.

L’écriture est simple et fluide mais sans aucune signature stylistique. Quelques références au jargon policier. D’ailleurs, j’ai eu l’impression que l’auteur avait plus fait des recherches sur les gars de la BRI que sur les détenus.

C’est d’autant plus flagrant en lisant LE dialogue que j’attendais : celui entre Vincent et la tenancière de la boite d’échangiste. Le dialogue n’est pas du tout réaliste. Pas du tout.

Les types de la soixantaine fichés au Grand Banditisme emploient l’argot. Aucun d’eux ne s’adresserait à un de leur « collègue » en lui demandant « l’arme est légale ? » ni « je veux un flingue ».

C’est décevant car on a le sentiment que l’auteur n’a fait aucun effort alors que son personnage principal est justement un vieux bandit. J’insiste sur l’épisode dans la boite échangiste car c’est le seul épisode qui tente vainement de mettre une touche d’action.. 

En conclusion

Je trouve que le roman a un goût d’inachevé ou de bâclé. L’histoire reste une coquille vide. Sans suspens, sans rebondissement, sans profondeur.

Le mystère même de cet acte (une épreuve de la vie) est à peine évoqué alors qu’il est la clef de ses actes. C’est décevant.

Il aurait certainement été préférable d’approfondir l’histoire et les personnages. Trop court, hâché, on reste sur sa fin sans avoir commencé à saliver.

Je ne le classerai pas dans les ouvrages indispensables d’une bibliothèque. Il n’a rien de transcendant.

Puisque je dois « noter » ce livre, je re-précise être une grande lectrice d’ouvrages beaucoup plus soutenus. Je lui mets une note de 08/20. 

Et je termine en citant Nelson Mandela :

« Il n’y a rien de plus stupide qu’une Liberté partielle ».

Vous pouvez trouver ce livre sur le site de Priceminister : ici .

 

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9 réflexions sur “Arrête, Arrête de Serge Bramly : Un Goût D’Inachevé .. #MRL2013

    1. Merci ma belle ^^ Oui j’essaie d’expliquer vraiment mon avis, sinon ça ne vous aide pas beaucoup.
      J’ai passé la soirée à lire les revues des autres (que je me suis empêchée de lire avant) et je suis surprise par l’absence d’explications de leurs avis 😦

  1. Au moins c’est clair xD

    Personnellement j’aime quand l’histoire est hyper complexe et à la fois hyper basique…dans le genre Haruki Murakami ( le genre qui ne laisse pas la même impression à tout le monde…chacun comprend l’histoire à sa manière…)

    Sinon à une époque j’aimais bien certains Fred Vargas.
    En tout cas le livre dont tu fais la critique aujourd’hui ne me parle pas plus que ça..mais apparemment il aurait pu être prometteur.

    1. Voilà : tu as bien résumé  » une histoire complexe et à la fois hyper basique » ! Moi aussi j’aime ça !
      Je ne connais pas encore Haruki Murakami mais dès que je termine ma littérature indienne, je compte découvrir la littérature asiatique ^^
      Mais oui : il était prometteur car le thème était chouette mais quelle déception alors 😦

  2. Je rejoins l avis des autres commentaires et j apprécie également que tu expliques les raisons pour lesquelles tu n as pas aimé ce livre (c est rare et je trouve cela primordiale). C est ce qui rend ta revue très intéressante et pertinente.
    Le titre était prometteur et l histoire semblait et aurait pue etre salivante. Bon, je retourne à les petits bouquins de jean failler qui sont simples mais bien tournés avec un suspense bien travaillé (j adore! ça ce lit comme on mange un petit pain ces petites enquêtes de Mary Lester) – bref moi qui attend un bon livre, ce ne sera pas celui la !
    Merci de m avoir évité cette lecture et vivement que tu m en conseilles un vraiment attractif qui me happe et ne me lâche pas jusqu au dernier mot !!

    1. Merci ! Je trouve aussi que c’est important d’expliquer ces critiques.
      Effectivement, ce livre aurait pu être passionnant ..
      Je ne connaissais pas Jean Failler mais tu me donnes envie de le lire 😉
      Si tu veux que je t’en conseille un : ce serait n’importe lequel de Stefan Zweig (Le joueur d’échec – Lettre d’une inconnue ) : des histoires courtes mais captivantes à souhait.
      Sinon, récemment, j’ai adoré (après quelques pages quand même, je dois l’avouer) « Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan » et « La Ballade de Lila K » de Blandine Le Callet.
      Et MON livre de chevet est « Le maitre et Marguerite » de Boulgakov ♥♥♥ De la littérature russe et une intensité dans l’intrigue et l’écriture inouïe. Par contre, c’est costaud comme lecture 🙂
      Si tu en lis un j’aimerai beaucoup avoir ton avis ^^
      Après tout dépend tes goûts en littérature 😉

      1. Oh merci bien – je vais compléter ma petite liste de Noël et comme ça j aurai la surprise d un des livres que tu me recommandes. Je suis bien contente, j adore les livres que l on dévore- ces livres qui ne nous lâchent pas, pour lesquels on file au lit avant l heure (…) et dont la lecture ralenti vers la fin : ce fameu dilemme du « je veux connaître la fin mais je ne veux pas refermer cet autre monde dans lequel je m évade »
        Ah vivement les paquets sous le sapin !!!….
        Bise

  3. J’adore quand tu prends ta casquette de critique littéraire, je suis fan, fan, fan !!!! Alors oui tu n’as pas aimé et oui j’en prends note mais maintenant je meurs d’envie de connaître la fin et je me connais, je suis capable de l’acheter ! Ah saleté de curiosité !!!! 😉

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